Deux pays, deux murs

Je suis née au Maroc. J'ai grandi dans des maisons où les murs parlaient : le zellige frais sous la paume, les tapis qu'on suspendait au printemps, la lumière du soir qui rendait les terrasses roses. On ne décorait pas, chez nous. On habitait, et les murs racontaient qui nous étions.

Puis je suis venue vivre en France. J'y ai trouvé beaucoup de choses — mais mes murs, eux, sont restés longtemps silencieux. Quand je cherchais le Maroc dans les boutiques, je tombais sur le même décor de bazar : chameaux au couchant, lanternes dorées, sable à l'infini. Un pays réduit à trois clichés, lui qui en compte mille visages.

Maison Menara est née de ce manque. Je voulais des images qui ressemblent au Maroc que je connais : celui des médinas et de l'Atlas, des noces et des ateliers, du thé versé de haut et du pain porté au four. Un Maroc pluriel, contemporain, tendre — édité avec le sérieux qu'on réserve d'habitude aux livres rares : un numéro d'œuvre, une notice, un papier choisi.

Le nom vient des jardins de la Menara, à Marrakech : un bassin d'eau calme au pied de l'Atlas, où la lumière se pose. Menara veut aussi dire le phare. C'est exactement ça : une lumière qui fait le lien entre mes deux rives — et peut-être entre les vôtres.

— La fondatrice